GAMA

L'anonymat sur Internet

Les arguments de la controverse

Tout d'abord, cette controverse s’appuie notamment sur des arguments clivants. L’argumentation est un outil qui alimente fortement la controverse, elle est nécessaire pour convaincre, prouver, persuader.

Notre sujet: Les réseaux sociaux doivent-ils être un espace pseudo-anonyme ?

Dans cette rubrique, nous allons nous intéresser de plus près aux types d’arguments employés par les différents acteurs. Dans un premier temps, nous allons étudier les arguments en défaveur de l’anonymat sur les réseaux sociaux. Puis, nous allons présenter les arguments en faveur de garder l’anonymat entre les utilisateurs sur les réseaux sociaux.

Arguments en défaveur de l'anonymat

Arguments contre la haine

Tout d’abord, les différents acteurs en défaveur de l’anonymat sur les réseaux sociaux s’appuient sur plusieurs types d’arguments. Leur opinion concorde sur le fait que le sentiment d’anonymat sur les réseaux sociaux profite à la haine, la violence, la malveillance.

Premièrement, des arguments qui prônent le respect entre les utilisateurs des réseaux sociaux. La plupart de ces arguments concernent l’utilisation de pseudonyme. Les différents acteurs centrent leur argumentation sur le fait que le pseudonymat est la cause de la haine sur les réseaux sociaux. Ces acteurs pensent que la haine ne doit pas demeurer sur ces ces espaces. Selon eux, le sentiment d’anonymat éprouvé par les utilisateurs renforcerait la malveillance sur ces plateformes.


En effet, c’est le cas de Jean Castex qui considère que les réseaux sociaux sont nocifs. Selon lui, « On peut vous traiter de tous les noms, de tous les vices, en se cachant derrière des pseudonymes. Dans ces conditions, les réseaux sociaux c'est le régime de Vichy : personne ne sait qui c'est ! ».
Cette citation illustre bien la malveillance de certains utilisateurs, il considère que les pseudonymes confère une protection indiscutable contre la sanction. En effet, même si les insultes, injures restent condamnables par la justice. Il demeure très compliqué de condamner un utilisateur sur les réseaux sociaux. Cette complexité de poursuite en justice s'explique par plusieurs raisons et notamment les pseudonymes. De plus, comme la plupart des réseaux sociaux sont devenus un véritable déferlement de haine, il est banal de rencontrer et malheureusement en trop grande quantité des propos qui attise la haine.


Deuxièmement, Jean Castex compare les réseaux sociaux au régime de Vichy, ce qui confère aux réseaux sociaux une image hostile. En comparant les réseaux sociaux à une dictature, il montre son opposition ferme à ceux-ci. Aussi, il répond à ceux qui considèrent que la levée de l’anonymat est synonyme de privation de la liberté d’expression.
“Je suis pour la liberté d'expression mais si on se cache, les conditions du débat sont faussées. C'est un sujet dont il va falloir que l'on s'empare” dixit Jean Castex.


Ici, Jean Castex estime que l’argument de la liberté d’expression n’a pas de sens dans ce débat. En effet, lui même est en faveur de la conservation de la liberté d’expression. Néanmoins, il considère que la liberté d’expression est valable pour ceux qui s'expriment et qui révèlent leur identité. Il pense que la liberté d’expression est un paramètre complètement indépendant de l’anonymat.


C'est pour ces raisons qu’il veut “réglementer les réseaux sociaux”, il affirme qu’il souhaite tout comme son supérieur M.Macron c'est-à-dire: “une levée progressive de l’anonymat”. Selon lui, cette solution peut permettre de restreindre la haine générale sur les réseaux sociaux.


Ensuite, Emmanuel Macron a dit: « Pour une hygiène démocratique du statut de l’information […] je crois qu’on doit aller vers une levée progressive de toute forme d’anonymat ». Il évoque un principe fondamental de la république française en parlant de la démocratie. Le président de la république met en corrélation le pseudonymat et les excès sur les réseaux sociaux. Il considère que les réseaux sociaux ne sont pas fidèles à l’hygiène démocratique. Il pense donc qu’il faut procéder à une levée de l’anonymat de façon progressive.


C’est aussi l’avis que partage Valérie Pécresse, qui estime que le pseudonymat est responsable de la haine sur les réseaux sociaux. "Il faut qu'on mette les garanties suffisantes dans la loi pour permettre cette censure des réseaux sociaux lorsqu'ils enfreignent nos libertés fondamentales. La vraie question c'est d'obtenir enfin la levée de l'anonymat" a déclaré Valérie Pécresse.
Cette fois-ci, la politicienne évoque l’atteinte aux libertés fondamentales effectuée par les réseaux sociaux. Elle croit que l’anonymat est la cause de ces atteintes. Elle dit aussi que les gens “se réfugient derrière des pseudos”. Encore une fois, avec les pseudonymes, certaines personnes n’ont pas peur des représailles car ils pensent être insanctionnables, invulnérables.


Cet opinion est aussi partagée par Laurent Berger (Dirigeant de la CFDT) qui a dit “ Dans une société démocratique où on peut dire ce qu’on veut, il me paraît bon de lever l’anonymat sur Internet […] j’en ai assez des gens qui sont derrière les pseudos, et qui insultent à longueur de temps, qui mettent de l’huile sur le feu à longueur de temps”. Cette déclaration démontre que les maux des publications haineuses sur les réseaux sociaux (racisme, sexisme, homophobie, antisémitisme, cyber-harcèlement, etc...) sont en parties dus au pseudonymat. Il utilise un argument d’expérience, en parlant de son témoignage en tant qu’utilisateur des réseaux sociaux, il s’indigne de l’état actuel de ces espaces. De nombreux signalements ont été faits par des utilisateurs pour démontrer certaines violences, certains abus sur les réseaux sociaux. C’est le cas de la ligue du LOL par exemple, il s’agit d’un groupe essentiellement composé de journalistes ayant harcelé plusieurs personnes durant plusieurs années en utilisant des outils discriminatoires.


Cette haine est extrêmement présente sur les réseaux sociaux avec de nombreuses personnes se faisant condamner à cause de leur publication. C’est le cas de Milo Yiannopoulos, journaliste américain ayant publié des propos homophobes et islamophobes sur Twitter. Après de nombreuses réclamations, il s’est fait bannir de la plateforme.


Ensuite, Xavier Bertrand estime que l’impunité liée aux pseudonymat est le véritable problème de cette affaire. Il déclare que "C'est sur les réseaux sociaux et chez des hébergeurs que vous pouvez avoir accès aux techniques d'endoctrinement, soit d'être mis en réseaux avec d'autres personnes" (en parlant de l’assassinat de Samuel Paty en 2020). Monsieur Bertrand parle des groupes extrémistes qui sont présents sur les réseaux sociaux et profitant de ce pseudonymat pour endoctriner des personnes à travers des idéologies malsaines . Il s’insurge contre l’inaction des réseaux sociaux à propos de la divulgation des propos haineux en ligne. Il considère que "les réseaux sociaux sont un lieu d'impunité" et que cette impunité est causée essentiellement par l’utilisation des pseudonymes et pense que la solution est de donner son identité à l'hébergeur pour inhiber la haine et la violence en ligne. De plus, il demande aux réseaux sociaux un meilleur filtrage au sujet des publications haineuses.


Cet avis est aussi partagé par Laetitia Avia, député LREM, qui a déclaré que: « L’anonymat sur les réseaux sociaux encourage un sentiment d’impunité pour ceux qui s’autorisent à harceler, humilier et insulter. La loi contre la haine sur Internet permettra de mieux lever cet anonymat lorsque ces délits sont commis ».
Cette déclaration justifie encore une fois la raison de la mise en place de la loi contre la haine sur internet, qui se traduit par “une levée progressive de l’anonymat”. De plus, elle résume bien toutes les autres citations des acteurs précédents qui sont en accord avec son point de vue.

Arguments en faveur de l'anonymat

Arguments montrant l'absurdité de ces propositions

Les arguments pour la conservation de l’anonymat d’utilisateurs à utilisateurs est assez conséquent. Une étude de 2016 venant de l’université de Zurich remet en cause le lien de cause à effet entre l’anonymat et la malveillance des utilisateurs. Cette étude, réalisée sur 532 197 commentaires en ligne, montre que les utilisateurs sont plus sévère lorsqu’il n'utilise pas de pseudonyme (Environ ⅔ des utilisateurs se sont identifié avec leur nom). Romain Pigenel, enseignant en communication politique à Sciences Po reprend cette étude en démontrant que l'abolition de l’anonymat n’est pas obligatoirement la solution pour réduire la haine prépondérante et sans limite des réseaux sociaux. Ils soulignent aussi le reproche souvent utilisé par l’opposition reprochant aux réseaux sociaux et aux utilisateurs, une propagation de Fake News. Ces Fakes News ont pour but de propager des informations fallacieuses servant, soit, à rassurer les autres utilisateurs dans leurs opinions, soit, à manipuler les autres utilisateurs.
Cet argument de l’opposition pouvant être contrée par le fait que utiliser sa véritable identité n'exclut pas le fait de partager des Fakes News comme l’ancien président de la première puissance mondiale, Donald Trump qui partageait de multiples Fakes News sur Twitter. Romain Pigenel appuie aussi sur le fait que les politiques, bien souvent, se plaignent des trolls* et insultes qu’ils reçoivent à chaque tweet qu’ils postent. Pour lui, ces plaintes ne sont pas légitimes et proviennent du manque d’opposition de ces acteurs sur les médias traditionnels comme la télévision par exemple. Il explique donc que sur les réseaux sociaux, tout individu peut s’exprimer et cela, de manière parfois rude ou de manière “stupide” à l’encontre de ces acteurs mais que la meilleur réaction de la part de ces acteurs serait d’accepter la critique venant de Monsieur Tout-le-monde.


Romain Pigenel explique que la manière dont certaines personnes veulent enlever l’anonymat avec un contrôle d’identité à la création de son compte sur une plateforme, est une proposition bancale à l’heure des scandales comme Cambridge Analytica, ces personnes proposent donc que les plateformes aient accès en plus à notre véritable identité. Le risque au niveau de la sécurisation de ces données serait important et aurait du mal à faire face à certaines attaques de personnes ou groupes mal intentionnés selon Romain Pigenel.

L’enseignant en communication politique à Sciences Po nous explique que les réseaux sociaux sont un lieu où chacun peut “affirmer sa différence, sans craindre de se faire juger, ses convictions, ou son identité sexuelle,quand c’est dangereux de le faire là où on vit. De parler de ses problèmes de santé, personnels, sans avoir honte, de choses difficilement avouables, qui pourraient générer du harcèlement si on le faisait sous son vrai nom.”. Pour lui, c’est aussi un lieu pour dénoncer des faits graves ,comme le font les lanceurs d’alerte et surtout, un lieu pour s’exprimer que soit artistique ou personnel.


Selon lui, l'anonymisation n’est pas le problème mais ce serait plutôt le modèle économique et l’architecture technique des plateformes qui propagent et accélère les Fakes News ainsi que les messages de haine.
L'anonymisation est souvent comparée à la liberté d’expression comme étant un droit fondamental pour chaque individu. Edward Snowden reprend cette analogie avec sa célèbre citation:“ ‘le droit à la vie privée ne me préoccupe pas, parce que je n'ai rien à cacher', cela ne fait aucune différence avec le fait de dire 'Je me moque du droit à la liberté d'expression parce que je n'ai rien à dire', ou 'de la liberté de la presse parce que je n'ai rien à écrire' ”.


L’association Respect Zone se positionne aussi en disant que la désanonymisation entacherait la liberté d’expression.